• Save

Le coronavirus, le racisme anti-asiatique et la sinophobie

On en entend parler en long, en large et en travers du Coronavirus ces derniers temps. 24 400 cas recensés dont 492 personnes sont mortes. L’inquiètude est grande dans les pays « non-concernés », tellement grande que les incidents racistes se sont multipliés à travers plusieurs pays et le racisme anti-asiatique et la sinophobie deviennent tolérables.

Le virus ayant été découvert en Chine, toute une communauté asiatique se retrouve stigmatisée. Oui car tous les Asiatiques viennent de Chine pour certain-e-s et un virus est forcément lié à un pays : Des personnes se mettent des masques devant des personnes Asiatiques comme on peut le voir dans cette vidéo, par peur d’avoir le coronavirus.

La fréquentation des restaurants asiatiques à Paris a baissé de 30%, certain-e-s évitent d’aller à Chinatown, les insultes se banalisent et le racisme anti-asiatique et la sinophobie se justifient. La psychose sur ce virus a révéler le racisme anti-asiatique, que l’on sous estime et nie souvent. Les médias en jouent, comme a pu le voir avec la une du Courrier Picard titrant à sa Une „Coronavirus Chinois, Alerte Jaune“; Ce virus en a décomplexé plus d’un-e à être ouvertement raciste.

courier picard une racisme anti asiatique
  • Save

La sinophobie et le « péril jaune »

À travers le coronavirus, le « péril jaune » fait son retour , une expression que l’on retrouve dès la fin du XIXe siècle pour désigner la crainte d’une domination des Chinois et Japonais dans le monde, au niveau civilisationnel. Cette expression a été introduite par Guillaume II, en allemand par die « Gelbe Gefahr » « comme légende d’une lithographie opposant Europe chrétienne et Asie bouddhiste – suggérant un péril militaire et religieux ».

Cette expression sera ensuite être utilisée dans un contexte économique, au début de l’ère capitaliste. Elle exacerbe la crispation et l’inquiétude de beaucoup, de l’éventuel déclin de la race blanche en Europe, qui traversa au cours du XIX ème siècle, plusieurs crises économiques. Cette inquiétude et crispation vont être imagées par le « travailleur Chinois » qui fait mieux que les autres et qui est moins cher, constituant ainsi une réelle menace.

  • Save
Le travailleur chinois multitâches et productif pendant que les hommes blancs restent oisifs

« Partout où l’ouvrier chinois, ou même nègre, est en concurrence avec l’ouvrier blanc, celui-ci est vaincu » . Autre exemple de l’expression de cette inquiétude de la suprématie blanche face à la race jaune, par Désiré Descamps, militant socialiste dans la Revue socialiste qui déclara : « [Cette concurrence] est une perpétuelle menace pour les peuples de race blanche ou européo-américaine exposés à subir les assauts économiques des représentants de la race jaune. Ces derniers, on le sait, sont très sobres. Ils se contentent de salaires dérisoires, ce qui leur vaut les sympathies intéressées de tous les exploiteurs du monde entier ».

Le « péril jaune » se détermine aujourd’hui aussi bien en terme économique que démographique. L’essor de l’économie chinoise de ces dernières décennies, faisant désormais partie des premières puissances mondiales, a de nouveau éveillé cette peur du déclin des puissances occidentales. Cet effroi se traduit par de nombreux reportages, articles, dénonçant tout ce qui peut ternir l’image de la Chine : un régime autoritaire, des produits fabriqués qui sont dangereux et bas de gamme, un manque d’hygiène. Généraliser des vérités sur une communauté chinoise pour encore plus généraliser le racisme anti-asiatique et la sinophobie, telle est la conséquence de ce tapage médiatique.

Pour prendre l’exemple des restaurants chinois, le manque d’hygiène est souvent associée à ces restaurants. Pourtant le manque d’hygiène n’est pas plus important que dans les autres restaurants. Selon un article de Libération, en 2015 , sur 980 restaurants asiatiques à Paris dont 350 proposant de la nourriture chinoise, seuls 6 ont eu la note la plus basse de 1 (sur 5) soit 0,6%, deux une note de 1,5, et 9 de 2. De même si l’on regarde les commentaires faits sur les restaurants asiatiques à Paris sur Tripadvisor en 2015, le manque d’hygiène n’est pas le plus cité.

  • Save
Source : Libération

Ces stéréotypes renforcent la suspicion, la méfiance et expliquent de façon rationnelle le développement du coronavirus en Chine. Cette peur du coronavirus, la sinophobie et le racisme anti-asiatique ambiants, nous rappelle ce qui s’est passé, il y a à peine quelques années, lorsque le même affolement s’est produit avec le virus Ebola.

La peur du virus révèle le racisme au grand jour

Le virus Ebola avait également laissé place à la paranoïa et au racisme justifié. Plusieurs communes italiennes avaient adopté des ordonnances « anti-ebola », prévoyant l’interdiction de séjour aux personnes non-régularisées et sans certificat médical, ou encore une université nord américaine ayant refusé un étudiant Nigérian pour éviter toute contamination, à l’Ebola avait fait polémique.

  • Save

Plusieurs voix s’étaient élevées, contre la généralisation et le racisme envers les personnes noires, dont celle de Shoana Cachelle, une entrepreneure.

Cette peur peut-elle s’expliquer par elle-même ?

Le virus ne se contrôle pas , il n’y a pas de frontières, il est invisible et on n’en connaît très peu sur lui. Tout ce que l’humain peut redouter. La désinformation alors se répand et la peur, la panique s’installent. « La peur advient souvent sous l’effet grandissant d’une auto-persuasion. Elle trouve sa raison d’être dans les seules raisons que nous lui donnons ». Les seules raisons que nous lui donnons est l’autre, l’étranger, celui qui est porteur du virus et qui constitue une menace.

Cette raison devient rationelle, facile à identifier et on met tout en oeuvre pour nous éloigner du porteur et porteuse du virus à tout prix. « Exacerbant le risque de mourir en masse, la représentation collective de la contamination est régulièrement soutenue par les médias comme si elle était l’événement potentiel, l’événement qui toujours fera retour à un moment donné » . Les médias en jouent, en raffolent, le sensationnalisme permet d’eveiller cette peur et motiver les actes et attitudes racistes.

Cette peur ne concerne pas seulement les pays occidentaux. Dans plusieurs restaurants en Corée du Sud par exemple, où plusieurs restaurants ont décidé d’interdire leur entrée aux personnes chinoises.

  • Save
« Cher client, notre restaurant n’accepte pas les clients de Chine. Merci de votre compréhension »
« Pas de Chinois, on est désolé »

Face au racisme anti-asiatique et la sinophobie, des asio-descendant-e-s français-e-s ont décidé de dénoncer ce racisme sous le hastag #JeNeSuisPasUnVirus.

La dénonciation du racisme anti-asiaique à travers #JeNeSuisPasUnVirus

L’histoire se répète, on cherche un bouc émissaire dès qu’une éventuelle menace pourrait mettre en péril l’humanité et le confort des Occidentaux, la racisme ordinaire refait surface, tout devient à nouveau tolérable. L’ignorance ne peut excuser le-la raciste. Renseignez-vous, remettez-vous en question et faites-vous votre propre opinion. Il n’y a rien de plus dangereux que la catégorisation de personnes humaines dû à ses origines. Il est temps pour beaucoup de se confronter à leur conception de la supériorisation et de l’infériorisation des différentes races, à leur idées reçues racistes en enlevant leurs oeillères.

Auteur-e

Aissa Sica, créateur-rice du blog Womxn of Color, partageant divers portraits de personnes racisées et des sujets d’actualités. Vous pouvez me suivre sur Instagram.

Bibliographie

Henri-Pierre Jeudy, La peur virale, dans Lignes2004/3 (n° 15), pages 78 à 88

Léa Guedj, Coronavirus : le blues des restaurateurs asiatiques à Paris, 4 février 2020

Clara Tellier, Une université américaine refuse un Nigérian par peur d’Ebola, 15 octobre 2014

«Divieto di dimora a chi è senza documenti e certificato medico» Il Tar boccia l’ordinanza anti-ebola, 15 juillet 2015