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La non-binarité, être non-binaire : Qu’est-ce que c’est ?

Etes-vous non-binaire ? Fille/garçon, femme/homme, n’est-ce pas une dichotomie arbitraire ? Vous êtes vous déjà poser la question de savoir si ces identités de genre vous correspondent ? Autant de questions dont vous n’êtes pas sûr-e-s d’avoir les réponses. La remise en question sur l’identité de genre et de cette binarité se fait de plus en plus entendre et ainsi contribue à de moins en moins invisibiliser d’autres identités sexuelles non-binaires qui peinent à trouver de l’écho dans le récit médiatique.

La conception de la non-binarité

Etre non-binaire signifie ne pas choisir entre son identité féminie ou masculine mais, mais de composer sa propre identité sexuelle au-delà de cette vision binaire. Il ne s’agit pas d’alterner entre des habits dits masculin et féminin, (les vêtements n’ont pas de genre). Il ne s’agit pas non plus de personnes qui sont androgynes ou « masculine » dans leur apparence. Même si je n’aime pas me mettre des étiquettes, je me considère comme non-binaire. Je me sens comfortable dans mon identité dite fémine, dite masculine et également ne pas me définir dans un genre spécifique. À travers la non-binarité, il s’agit en réalité de se détacher de cette constuction du genre. L’identité binaire a de multiples facettes.

  • Agenre : Ne s’identifie à aucun genre spécifique
  • Fluide dans le genre : L’identité de genre fluctue et évolue au cours du temps.
  • Bigenre : S’identifie à la fois comme homme ou femme.
  • Demigenre : S’identifie partiellement ou majoritairement à un genre spécifique et en même temps à un autre genre.

Ce rejet de la binarité des genres signifie ce que représente le genre féminin et masculin aux personnes qui ne se reconnaissent pas : « des rôles sociaux et culturels, construits par la société qui les impose aux individus en assignant un rôle obligatoire à chaque sexe anatomique ». Des rôles qui au fur et à mesure du temps adoptent des codes, des attitudes, des gestes, des langages, des normes, qui par la répétition se généralisent et définissent les rôles masculins et féminins. Ce discours hétérocentré qui est au sein de nombreuses sociétés tend à restreindre et singulariser les autres formes d’identités sexuelles dont la non-binarité.

L’identité non-binaire n’est pas nouvelle

Théorisée dans le milieux des années 90 dans les pays occidentaux, la non-binarité a toujours existé, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Les exemples que nous allons avoir se rapproche de la conception de la non-binarité occidentale mais rappelons nous que chaque culture est différente et que la vision de la non-binarité peut être autre ou inexistante.

Les Bugis par exemple, vivant en Indonésie, dans la région Sulawesi du Sud ont conception non-binaire du genre. La définition du genre ne se base pas sur sa définition biologique. Chez les bugis, 5 genres sont reconnus :

– Makkunrai est l’équivalent occidental des femmes cisgenres.

– Bissu : Ce sont des guides spirituels à la fois hommes et femmes, à la fois des divinités et mortel-les. Ces guides spirituels offrent leur soutien et asssistance mais aussi leur bénédiction lors de mariages ou de pélèrinage à la Mecque par exemple.

– Calabai : Ce sont des personnes qui se sont vues attribuer le sexe féminin à la naissance. Les Calabai qui s’identifient ou non comme des hommes, peuvent prendre des rôles et fonctions dites masculines mais on ne s’attend pas à ce que les Calabai soient des hommes.

– Oroané est l’équivalent occidental des hommes cisgenres.

– Calalai : Ce sont des personnes qui se sont vues attribuer le sexe masculin à la naissance et adoptent des rôles et des fonctions féminines. Les Calalai ne se considèrent pas pour autant comme des femmes.

Au Mexique, dans la culture des Zapothèques, les Muxes sont des personnes assignées de sexe masculin à la naissance et qui dans la sphère sociale et privée endosse des rôles féminins. Les Muxe ne sont ni hommes, ni femmes, ce sont des Muxes.

Qu#en est-il en France de la non-binarité ? Est-ce légalement reconnu et socialement accepté ?

Etre non-binaire et la reconnaissance légale en France

En France, il est encore obligatoire de rattacher un individu au sexe masculin ou féminin, dans les 5 jours suivant sa naissance. De timides avancées se sont faite à travers deux décisions du TGI de Tours et de la cour d’appel d’Orléans. La première était en faveur d’ une rectification dans l’état civil en faveur d’une mention sexe neutre et la deuxième était en faveur d’une absence de mention. Malgré ces décisions inédites, elles ne concernaient seulement les personnes intersexuées et n’ont aucune portée générale. La reconnaissance légale en France de la non-binarité reste donc inexistante. Au niveau social, le langage neutre, expression de la non-binarité, peine à trouver sa place dans le paysage grammatical, au profit du langage inclusif.

Les débuts du langage neutre et du langage inclusif dans la langue française

Le français est une langue où il existe un genre masculin et féminin. Pour les francophones, la dominance du masculin par rapport au féminin est apprise dès le plus jeune âge et en devient un automatisme. Hors, des voix s’élèvent pour une écriture inclusive, et plus égalitaire mais ne veut pas dire forcément une écriture plus non-binaire. L’écriture inclusive se veut être une écriture qui combine le féminin et masculin. Le langage neutre lui utilise des expressions, mots, des formulations qui désignent n’importe qu’elle personne quelque soit son identité de genre. Il n’y a pas de combinaison entre le féminin et masculin.

Le langage neutre va donc par exemple les termes épicènes vont être utilisés dans le langage neutre. Ce sont des termes qui n’ont pas de genres marqués, commes les mots personne, adulte, artiste. Les néologismes se retrouvent également comme heureuxe (combinaison entre heureuse et heureux), créativif (combinaison entre créatif et créative) ou les pronoms personnels iel/yel/ielle (combinaison des pronoms il et elle).

Les graphies tronquées se retrouveront plus dans le langage inclusif, , en incluant avec féminin et masculin séparé de tirets, parenthèse ou de points, comme par exemple tou.te.s, tou-tes, ou encore le pronom neutre iel, étant la contraction des pronoms il et elle.

Autre technique qui peut être utilisée dans le langage inclusif et neutre, l’alternance, qui, « vise à utiliser des mots et accords genrés de façon contraire aux normes dominantes de la langue française». Des alternances se font entre le masculin et le féminin, le neutre et le masculin, le neutre et le féminin. Exemple : L’étudiant est belle, une alternance entre le féminin et masculin. « Il est heureuxe » , alternance le masculin et neutre. « L’élève est heureuse et créativif » alternance entre le féminin et le neutre.

Pour beaucoup, cela ne fait aucun sens en français, grammaticalement faux et complique encore plus la tâche au niveau de l’écriture. Le langage neutre et inclusif restent encore très ancrés dans dans des milieux qui visent à plus d’égalité, de diversité et de reconnaissances des identités de genre.

Il faudra encore du temps

La non-binarité en France est un sujet qui n’a pas encore touché les masses, l’hétéronormativité reste très ancrée dans la société française. Il faudra encore du temps pour voir apparaître des toilettes unisexes, le genre neutre sur l’état civil ou encore. d’avoir le choix de changer son identité de genre. Il faudra encore du temps pour que la non-binarité en France ait plus de reconnaissance et qu’elle soit socialement comprise et acceptée. Comme toute évolution, le changement se fait lentement mais sûrement.

Auteur-e

Aissa Sica, créateur-rice du blog Womxn of Color, partageant divers portraits de personnes racisées et des sujets d’actualités. Vous pouvez me suivre sur Instagram.

Bibliographie

Le droit des personnes intersexuées, Benjamin Moron-Puech, Socio, 9 | 2017, 215-237

Dans les coulisses de la langue

Les personnes non-binaires en français : une perspective concernée et militante, Florence Ashley, Volume 11, Issue 14, #5

10 Examples Of Nonbinary Genders Throughout History, Devin Trently, 21 octobre 2019