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Ne pas vouloir être mère, c’est normal

Etre une femme et ne pas vouloir être mère, c’est normal ? Dans nos sociétés, la maternité reste souvent une étape incontournable pour être une femme accomplie. En effet, les évolutions sociales font que, de plus en plus de femmes affirment leur désir de non-maternité, un désir qui soulève beaucoup de préjugés et d’incompréhensions.

Qu’est-ce que la maternité ?

Cette question, se la pose-t-on vraiment ? Prenons nous vraiment le temps de savoir si cela nous convient ? La maternité est définie comme étant « le fait d’être mère, les droits, devoirs, sentiments et attitudes liés à cette fonction ». Néanmoins cette définition reste restreinte et n’englobe pas les différentes façons de vivre sa maternité.

Tsippora, 29 ans, Parisienne, n’a jamais senti ce désir d’être mère. Sa maternité, elle l’a vécue en étant grande soeur. L’aînée d’une fratrie de cinq enfants, son droit d’aînesse lui a donné beaucoup de responsabilités et c’est à travers ce droit-ci que Tsippora viva pleinement sa maternité. « La maternité ce n’est pas juste être maman, ça comprend aussi toutes les interrogations sur le fait d’être mère », dit-elle. La maternité, Tsippora la voit comme des liens qui se créent à travers l’amour, l’affection et la transmission.

Le désir de ne pas être maman est un sujet dont on trouve peu de témoignages. En constatant ce manque de témoignages, Tsippora eu l’idée de créer un podcast abordant la maternité sous toutes ses formes, brisant les tabous et les idées reçues autour de ce sujet. Le podcast, « Tant que je serai noire », mettant en lumière la maternité sous toutes ses coutures, laissant des femmes afrodescendantes partager leurs expériences et leurs points des vues sur le désir et le non-désir de maternité.

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Premier épisode auquel j’ai participé

Ce sont des points de vues et des expériences qu’on entend peu ou qui sont montrées sous un certain angle, comme les complications que peuvent rencontrer les femmes noires nord Américaines, lors de leur grossesse. Du côté des femmes afrodescendantes d’Europe, peu d’études existent d’un point de vue sociologique, physique, culturel et psychologique.

Taux de fécondité en baisse dans les pays de l’Europe de l’Ouest

Depuis quelques décennies, le taux de fécondité est en baisse continue dans plusieurs pays européens, notamment en France, le pays avec le plus fort taux de natalité. Selon une étude de l’Insee de 1995 à 2016, la fécondité en France des femmes cisgenres de moins de 35 ans diminue. Une autre étude plus récente de l’Insee montre cette même tendance de 1995 à 2018.

Les raisons de la baisse du taux de fécondité

La France n’est pas le seul pays concerné par cette tendance. Selon un article de Travail, Genre et Sociétés, «la proportion de femmes sans enfant est ainsi passée de 14,6 % pour les femmes italiennes de la génération 1960 à 22 % pour la génération 1966 [Mencarini et Tanturri, 2006]. Pour la cohorte née au début des années 1960, elle est de 13 % en Espagne ainsi qu’en Suède, supérieure à 20 % en Allemagne et en Grande- Bretagne».

Comment peut-on expliquer cette baisse de la fécondité ? Par « la contraception moderne, les opportunités éducatives et professionnelles des femmes qui ont pratiquement égalisé celles des hommes mais aussi la précarité croissante de l’emploi, le découplage entre féminité et maternité, la fragilité des couples, la croissance des personnes seules : tous ces facteurs concourent à ce que la maternité devienne une question de choix personnel ».

Au-delà des facteurs socio-économiques, la volonté de ne pas avoir d’enfant résulte aussi d’ expériences personnelles. Les préjugés tenaces portent à croire que ce non-désir d’enfant est dû à une enfant malheureuse et traumatisante.

Pour sa part, Tsippora savait dès petite qu’elle ne souhaitait pas avoir d’enfant. Elle le faisait savoir à sa mère, mais sa mère pensait qu’en grandissant Tsippora changerait d’avis. Les années passent, et Tsippora ne change pas d’avis et affirme son choix au grand dépit de sa mère. La pression sociale dans la culture sénégalaise sur les femmes pour avoir des enfants est grande. Avoir des enfants ou non, c’est une question qui ne se pose pas.

Etre mère n’est pas tout rose

La maternité est vue comme une telle évidence pour les femmes que le récit sur la maternité n’est montré que sous le meilleur jour. Pourtant le burn out ne se présente pas seulement au travail, mais aussi en tant que mère. Un épuisement qui se produit lorsque l’on recherche à être la mère parfaite. Cette recherche de la perfection est provoqué par le rôle sacré de la mère dans nos sociétés pousse cette recherche à la perfection.

Des périodes difficiles il y en a pendant le burn out maternel, mais aussi lorsque ce sentiment de regret nous envahi. Regretter parce que l’on ne se sent pas à la hauteur, parce qu’on est frustrée ou qu’on se sent sous pression, pleins de raisons qui peuvent mener à ce sentiment. Le regret se lie au passé, aux actions omises ou non réalisées qui nous laissent beaucoup d’amertume. Peut-on vraiment regretter d’avoir sauter le pas de la maternité ?

Regretter d’être mère, un tabou à briser

L’étude de la sociologue Orna Donath, « Le Regret d’être mère : Une analyse sociopolitique », publié en 2015, délie les langues en interrogeant des femmes Israéliennes de 25 à 75 ans, de toutes classes sociales. L’étude avait eu beaucoup d’ampleur en Allemagne, attisant un débat passionnant sur la scène médiatique. Cette étude sera suivie d’une publication de son essai également intitulé « Le Regret d’être mère » en 2017 en anglais, puis en 2019 en français, faisant la synthèse de son étude 2015.

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Source : Odile Jacob

Dans cet essai, le regret et la maternité sont clairement dissociés pour comprendre les raisons de ce regret. Ce regret ne signifie pas que l’on n’aime pas ses enfants mais de montrer qu’être mère ce n’est pas fait pour tout le monde et que ce choix doit être bien réfléchi. « Si aujourd’hui je pouvais revenir en arrière, je n’aurais pas eu d’enfants. C’est une évidence pour moi », « Je renoncerai totalement à avoir des enfants ». « Je regrette d’avoir eu des enfants et d’être devenue mère, mais j’aime mes enfants”. Tels sont les propos de certaines des interrogées expriment leur regret d’avoir eu des enfants.

Une des interviewées se voit demander quand est-ce qu’elle a compris qu’elle regrettait d’être mère. Voici ce qu’elle raconte :

-Tirtza : « Depuis les premières semaines après la naissance du bébé, je me suis dite que c’était une catastrophe. J’ai tout de suite vu que ce n’était pas pour moi, et que non seulement ce n’était pas pour moi, mais que c’était le cauchemar de ma vie. …Je n’avais aucune envie d’être mère ».

On peut se rendre compte tardivement que le rôle de mère n’est pas fait pour nous, que l’on a pas assez pris le temps de réfléchir sur notre capacité et volonté d’être mère ou non. Pourquoi remettre en cause quelque chose de « naturel chez les femmes » ?

Ce regret, Tsippora l’a senti à travers son père. Tsippora le décrit comme un esprit libre, qui ne se reconnaissait pas dans la paternité. Néanmoins, son père a priorisé ses responsabilités face à ses choix. Il s’est marié avec la mère de Tsippora et a fondé une famille. Il ne s’est jamais opposé au choix de sa fille, et en est fier qu’elle puisse l’affirmer.

Son choix de ne pas vouloir d’enfant, Tsippora l’a également fait savoir à son partenaire, avec qui elle partage sa vie depuis quelques années. Lorsque l’on est en couple, le mariage et les enfants, font des points cruciaux pour envisager un futur avec une personne. Tsippora et son partenaire n’envisage ni de se marier ni d’avoir d’enfants, ce qui est assez inhabituel en tant qu’afrodescendant-e-s.

Affirmative dans ses choix, Tsippora pousse son expérience avec la maternité encore plus loin. Le déclic, Tsippora l’a eu lorsque sa belle-soeur a eu du mal à tomber enceinte, en décidant de se lancer dans le don d’ovocytes. Selon un article du Figaro, chaque année, plus de 3500 couples souhaitent recourir à un don de gamètes. Pour ces couples, les délais d’attentes peuvent être très longs, et encore plus pour les couples racisés (issus des “minorités”). En effet, les donneurs et donneuses racisé-e-s se font beaucoup plus rares comme on peut le voir à travers ce reportage, où les femmes noires afrodescendantes en France ont du mal à trouver une donneuse noire.

Le don de gamètes est volontaire, gratuit, anonyme, ouvert aux femmes de 18 à 37 ans et aux hommes de 18 à 45 ans.

Comment se déroule le don d’ovocyte en France ?

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Etapes du don d’ovocytes – Source : AlloDocteurs
  • Première consultation: elle sert à ce que la personne se renseigne et donne son consentement en signant un formulaire. Le/la partenaire de la donneuse doit également signer ce formulaire.
  • Bilan médical: L’état de santé de la donneuse est évalué à travers un bilan génétique pour savoir s’il y a un caryotype et d’autres examens cliniques. Une rencontre a aussi lieu avec un-e gynécologue pour vérifier qu’il n’y ait pas d’antécédents liés à la coagulation. L’entretien avec un-e psychologue ou un-e psychiatre: un entretien propice à exprimer ses motivations, ses doutes, prendre du recul sur la démarche.
  • La stimulation des ovaires: De 10 à 12 jours, la donneuse reçoit des injections sous-cutanées d’hormones pour stimuler les ovaires. Cette stimulation va donner lieu à la maturation d’ovocytes. Afin de connaître la date de la maturation d’ovocytes, plusieurs échographies ovariennes et prises de sang sont nécessaires.
  • Le prélèvement des ovocytes: Sous une hospitalisation de 35 heures, le prélèvement des ovocytes se réalise après la dernière injection. Le prélèvement dure environ 10 minutes et une fois réalisé, la donneuse reste au repos quelques heures à l’hôpital.
  • Après la sortie d’hôpital, il est important que la donneuse se repose encore 24 heures et qu’elle ne se déplace ni en transports en commun, ni en voitures.

Les dons d’ovocytes et de spermatozoïdes se font généralement dans les centres d’Assistance Médicale à la Procréation. En octobre dernier, le droit à l’accès aux origines a été voté à l’Assemblée nationale. L’anonymat du donneur ou de la donneuse ne sera plus totalement préservé. Désormais, à leur majorité, les enfants issu-e-s d’une procréation médicalement assistée pourront avoir accès à plus d’information concernant leur donneur/donneuse (âge, caractéristique physique, identité). En aucun cas, le donneur ou la donneuse sera obligé-e de rencontrer l’enfant et aucun lien de filiation est établi.

La maternité, une notion en pleine évolution

La maternité évolue avec notre temps. Les changements socio-économiques amènent peu à peu de la visibilité sur ce désir de maternité ou non-maternité et sur cette dissociation entre être une femme accomplie et être mère. Cependant, la glorification de la maternité étouffe encore beaucoup de non-dits et de tabous. Elle tend aussi à sous-estimer sur notre temps de réflexion sur le désir ou non de maternité. Ce désir ou non de maternité peut-être très instinctif, comme ce fut le cas de Tsippora, qui dès le plus jeune âge ne s’est jamais vue être mère.

Il est important de prendre le temps de se connaître, de se connecter à soi-même pour savoir ce que l’on souhaite dans sa vie et franchir ou non le pas de la parentalité. Au-delà de choix personnel, il est temps que la narration sur la maternité laisse plus de visibilité aux femmes racisées et qu’elle soit plus plurielle et moins patriarcale.

Auteur-e

Aissa Sica, créatrice du blog Womxn of Color, partageant divers portraits de personnes racisées et des sujets d’actualité. Vous pouvez me suivre sur Instagram.

Bibliographie

Le don d’ovocytes en 5 étapes, Agence de la biomédecine

PMA: alerte sur la pénurie de dons d’ovocytes et de spermatozoïdes, Cécile Thilbert, 3 novembre 2017

Regretting Motherhood : A Sociopolitical Analysis, Orna Donath, Décembre 2015

L’Assemblée vote le droit d’accès aux origines pour les enfants nés d’un don, 2 octobre 2019

Le choix de ne pas avoir d’enfant, ultime libération ? Anne Gotman, Travail, genre et sociétés 2017/1 (n° 37), pages 37 à 52